OnlyFans s’est imposée en quelques années comme une plateforme majeure où des créateurs et créatrices publient du contenu payant, dont une grande partie est de nature sexuelle. Présentée par certains comme un espace d’autonomie économique, elle est aussi critiquée pour les risques qu’elle comporte, particulièrement pour les femmes et les personnes vulnérables. Dans un contexte où la sexualisation précoce, la culture du viol et l’exploitation sexuelle demeurent des enjeux majeurs, il est essentiel d’aborder OnlyFans avec un regard critique et informé.
Une plateforme qui s’inscrit dans une culture déjà marquée par l’hypersexualisation :
OnlyFans n’existe pas en vase clos. Elle s’inscrit dans une société où les corps des femmes sont constamment marchandisés, évalués et sexualisés. La plateforme capitalise sur cette dynamique : elle transforme l’intimité en produit, encourage la mise en scène de soi selon les attentes du marché, et normalise l’idée que la sexualité peut — ou doit — être monétisée.
Pour nous, cette réalité soulève des questions importantes :
• Quels messages sont transmis aux jeunes quant à la valeur de leur corps?
• Comment la banalisation de la pornographie influence-t-elle les rapports égalitaires?
• Qui profite réellement de cette économie numérique?
L’illusion de l’empowerment : entre autonomie et contraintes structurelles
Le discours dominant autour d’OnlyFans met souvent de l’avant l’idée d’« empowerment » : la possibilité de gagner de l’argent, de choisir son contenu, de travailler de chez soi. Certaines personnes y trouvent effectivement une forme de contrôle ou une source de revenus.
Mais une analyse abolitionniste rappelle que l’« autonomie » ne peut être comprise sans tenir compte des contraintes économiques, sociales et genrées qui poussent des femmes à monnayer leur sexualité.
Dans cette perspective, il est essentiel de reconnaître que :
• La majorité des créatrices sont des femmes, souvent jeunes, parfois en situation de précarité.
• Les revenus sont très inégaux : une minorité gagne beaucoup, la majorité très peu.
• La pression à produire du contenu toujours plus explicite peut mener à des situations de coercition, de harcèlement ou de violence en ligne.
L’abolitionnisme ne juge pas les personnes, mais critique les systèmes qui rendent la marchandisation du corps non seulement possible, mais rentable pour les plateformes et les intermédiaires.
Les risques : exploitation, diffusion non consentie et impacts psychologiques
OnlyFans comporte des risques concrets, souvent sous-estimés :
• Diffusion non consentie du contenu (captures d’écran, partage illégal).
• Pression des abonnés pour des actes ou des images plus explicites.
• Harcèlement, chantage, demandes intrusives.
• Impacts psychologiques liés à l’exposition, à la gestion de l’image et à la dépendance financière.
Pour un CALACS, ces risques s’inscrivent dans une continuité : celle des violences sexuelles qui se déplacent et se transforment dans les espaces numériques.
Une perspective abolitionniste : protéger, prévenir, transformer
L’approche abolitionniste ne vise pas à moraliser les individus, mais à dénoncer les structures qui profitent de l’exploitation sexuelle. Dans le cas d’OnlyFans, cela signifie :
• reconnaître que la plateforme tire profit de la vulnérabilité économique et sociale des femmes
• dénoncer la normalisation de la pornographie comme modèle de sexualité
• promouvoir des alternatives qui valorisent l’égalité, la dignité et la sécurité
• soutenir les personnes qui souhaitent quitter l’industrie ou qui vivent des violences liées à leur présence en ligne
Cette perspective s’aligne avec la mission du CALACS : prévenir les violences sexuelles, soutenir les survivantes et transformer les normes sociales qui les rendent possibles.
Ouvrir la discussion, sans jugement envers les personnes
Parler d’OnlyFans exige de la nuance. Il est possible de :
• reconnaître que certaines personnes y trouvent une forme de liberté
• tout en critiquant les systèmes qui rendent cette plateforme profitable
• et en affirmant que la sexualité ne devrait jamais être une marchandise
L’objectif n’est pas de blâmer les individus, mais de questionner les structures qui façonnent leurs choix.
En conclusion, OnlyFans est un phénomène complexe, révélateur de tensions entre autonomie individuelle, pressions économiques, hypersexualisation et violences systémiques. Une analyse abolitionniste, comme celle portée par le CALACS de Charlevoix, invite à dépasser les discours simplistes pour réfléchir aux impacts réels sur les femmes, les jeunes et les rapports sociaux de sexe.
Elle rappelle surtout que la lutte contre les violences sexuelles passe par une transformation profonde des normes culturelles — y compris celles qui se jouent dans les espaces numériques.




